LE TEMPS DES CHIENS MUETS (tiếp theo kỳ trước)

Par Mgr Paul Léon Seitz

 

 

A tous les Viêtnamiens
mes frères:
ceux qui souffrent,
ceux qui font souffrir,
où qu'ils se trouvent.

Les chiens muets, ce sont ceux qui ont peur de dire la vérité, qui n’osent plus aboyer. L’auteur, le dernier évêque français au Viêt-nam qui a vécu l’arrivée des troupes communistes, les connaît bien.

Son journal de bord relate ce qu’il a connu en 1975. La manière dont les connaissaires politiques prennent possession des locaux avec responsible pour l’immeuble, le bloc, le quartier, comment s’instaure un système de délation qui quadrille le pays. Le caractère de Mgr. Seitz l’a incité à ne pas pactiser, d’où son expulsion du Viêt-nam où il a vécu trente-huit ans et dont il parle la langue.

Revenu en France, Mgr Seitz, qui n’a jamais fait de politique et qui pratique la loi d’amour du Christ, découvre

cette peur, même dans les milieux catholiques. Là aussi, combien de chiens muets ….

La menace du terrorisme intellectuel existe aussi en Europe. Comment ne pas en reconnaître les singes?

Dans la ligne de Soljenitsyne, Le Temps Des Chiens Muets démontre pourquoi la tragédie du Viêt-nam pourrait être la nôtre demain

 

 

Mardi 10 juin

 

Le matraquage psychologique des religieuses infirmières de l'hôpital Minh Quy s'accentue de jour en jour. Des spécialistes en ce genre de besogne y résident maintenant nuit et jour. A chaque instant, ils réunissent les sœurs ou les convoquent individuellement pour des interrogatoires, des rapports, des états à rédiger, des aveux qu'on veut leur arracher. Elles sont à bout de forces, et le travail auprès des malades est écrasant. La sœur G…, particulièrement visée, est désormais enfermée dans sa cellule. Nul ne peut plus l'approcher ni lui adresser la parole, en dehors du "spécialiste" évidemment. Plusieurs fois par jour elle doit subir la torture psychologique. Dans les interrogatoires, deux thèmes reviennent inlassablement:
-Vous avez soigné des ennemis du peuple (c'est-à-dire des F.U.L.R.O.: montagnards rebelles). Pourquoi?
-Peut-être, a répondu une sœur. Comme, il y a de cela quelques mois, nous avons "peut-être" soignés vos blessés du maquis. Pour nous, maladies et blessures n'appartiennent à aucun parti. Quand un brancard arrive, on soigne celui qui est dessus. Sur la fiche du patient est inscrit le nom qu'on a bien voulu nous donner, sans plus!
-Nous savons bien ce qui se passe ici, sous le couvert d'une prétendue charité ou d'assistance médicale. Vous êtes agents de la C.I.A., centre de relais entre les espions américains; vous cachez ici des armes qui vous sont transmises par l'évêque. Lui aussi est un espion.

C'est tellement inattendu pour les sœurs, qui ne savent pas ce qui se trame, que tout le monde a éclaté de rire. Le can-bô a paru vexé et n'a pas insisté. Mais il a donné des ordres:

-Il y a trop de monde ici. Vous avez trois jours pour faire sortir la moitié des malades. A vous de choisir lesquels. Nous vous interdisons désormais d'admettre de nouveaux malades en dehors de ceux qui seront munis d'un billet d'hospitalisation signé de nous. Si ces ordres ne sont pas exécutés, vous serez toutes envoyées en camp de rééducation.

Les sœurs apellent au secours. Les perquisitions se font plus nombreuses et tatillonnes. Pour sa seule petite cellule de trois mètres sur trois, la Sœur G… en est à la quatrième ! Et pendant ce temps, jeeps et camions partent de là, chargés du matériel, des médicaments et des vivres de l'hôpital. C'est le pillage en règle. Ainsi la visite du chef du service de santé, le 25 mai dernier, prend tout son sens. Par le biais de ces accusations portées contre les sœurs et leurs œuvres hospitalières, c'est le responsable du diocèse qui est visé. Seraient-ce les signes avant-coureurs d'un jugement populaire ? Que faire pour soulager les religieuses et le personnel ?

 

Mercredi 11 juin

 

Non, nous ne sommes pas chômeurs. Tous les jours, c'est un défilé de chrétiens qui viennent à "la Mission". Ils n'ont plus de prêtres à domicile, alors ils vont au prêtre. Pourtant, ils ont auprès d'eux des cathéchistes qui, en fait, exercent les fonctions de diacres sans en avoir reçu l'ordination. Pourtant, néophytes et cathéchumènes, dès leur entrée en chrétienté, ont été formés de telle sorte qu'ils savent ce qu'ils doivent faire pour garder, fortifier, transmettre la foi reçu - et ils le font. Mais il leur manque quand même quelque chose - ou quelqu'un ? - une présence. Tout baptisé est assurément un "christophore", un porteur de Christ, du fait de son seul baptême. Il faut croire que, d'instant, ces croyants ont ressenti que le prêtre l'était, lui, à un titre spécial, qu'une force jaillissait de lui, comme l'eau de sa source. Et ce n'est pas ce prêtre en tant qu'homme qui les attire, c'est ce qu'il porte et apporte, le Christ Jésus par l'Eucharistie et les sacrements. La grâce du sacerdoce n'est pas une invention des hommes.


-Père, à quelle heure y aura-t-il une messe? Pourrons-nous y communier ?

Le ton de la voix est prière, le regard supplication confiante. Celui qui parle est là, avec sa femme et deux enfants. Ces montagnards ont fait plus de soixante kilomètres à pied, deux jours de marche en pleine forêt, sous la pluie, simplement pour "cela" - cela dont depuis trois ans ils sont privés. Le teint plombé des mal nourris, maigres, les pieds gonflés, exténués de fatigue, ils n'arrivent que pour repartir demain. Cent vingt kilomètres pour une messe ! Est-ce croyable? Ils sont pourtant bien là. La foi n'est pas un discours; elle se vit dans la chair. Cette famille donne une leçon sans le savoir, comme les fleurs sont belles et exhalent leur parfum, sans le savoir!

Ils ont repris le chemin du retour, emportant, cachée sous leurs haillons, une boîte de pastilles Valda. C'est un trésor: elle contient quatre hosties consacrées pour des vieillards du village qui n'ont pu venir et qui auraient tant voulu … Je songe, en les suivant du regard: ce sont "les vainqueurs de la grande tribulation". Nous les verrons un jour à la place qui sera la leur pour l'éternité, après du seigneur.

Ailleurs, c'est le même témoigne, mais sous un aspect différent, car le prêtre est encore présent. Nous sommes en ville, parmi les Viêtnamiens. Chez eux, la pratique religieuse s'est toujours située aux alentours de quatre-vinght-quinze pour cent. En ces jours, elle est … J'allais dire: à cent dix pour cent! En ces sens que les cinq pour cent de négligents plus les baptisés récents font bien le compte! Ainsi que disait un curé de paroisse surmené: "Terribles! Ils mettent les sacrements au pillage … " Les églises sont pleines pour les offices, quelle qu'en soit l'heure, matinale ou tardive. Les jeunes, qui se préparent au mariage, suivent assidûment les réunions de fiancés; les confessions sont nombreuses, les communions innombrables; les catéchismes pour enfants régulièrement suivis. Ceci avait été une de nos décisions au jour de la libération: aucune mise en veilleuse de nos activités pastorales. Au contraire: demeurer disponibles et agissants. rien d'ostentatoire: plus de processions (c'est interdit et remplacé par des défilés), plus de ces festivités extérieures brillantes, hautes en couleur auxquelles les catholiques excellaient; mais des foules en marche, calmes, silencieuses, priantes, décidées. C'est leur réponse aux attaques quotidiennes contre la religion, c'est leur défi pacifique.

Je les regarde, fier et amusé tout à la fois … Ils me font penser à un défilé de légionnaires, à leur progression lente: ce pas allongé qui évoque une force invincible que rien ne fera plier, ces visages que l'on dirait moulés dans un défi à la mort. Les chrétiens viêtnamiens d'aujourd'hui sont bien les fils et petits-fils de ces cent mille martyrs que leurs ancêtres ont donnés à l'Eglise au siècle dernier. Ils en sont conscients et firs. "C'est tout juste, ai-je dit parfois à l'un ou l'autre, si vous ne mentionnez pas ce titre sur vos cartes de visite! " Toujours est-il que ce qu'ils entendent affirmer aujourd'hui, c'est qu'ils ne cèderont pas. Ils sont sans illusion, ni romantisme. Ils sont simplement prêts à confesser leur foi. D'ailleurs, c'est déjà commencé. Ce commissaire politique le savait bien, lorsque, parlant de son expérience du Nord, il s'exclamait: "Les catholiques ? Ils sont insupportables, irréductibles … " Il est vrai qu'au Nord, après plus de vingt ans, ils ne les ont pas encore fait plier. Et ce étudiant bouddhiste, frappé de l'attitude des catholiques: "Vous avez de la chance, vous catholiques, d'avoir une foi comme la vôtre face à la l'idéologie marxiste !"

Le plus surprenant est ceci: au moment où la vague triomphante de l'armée viêt-công balayait tout en quelques jours sur les Haus Plateaux, un bô-dôï mêlé aux fidèles, un certain dimanche dans une église bondée, avait ensuite pris à part le curé:
-"Je suis pfficier, originaire de tel village du Nord, de telle famille, catholique. Et je vous dis: vous, frères chrétiens du Sud, tenez bon! Ne lâchez rien de votre foi; faites comme nous !"

 

Jeudi 12 juin

 

L'armée dispose d'un parc-auto considérable. Les convois de lourds camions militiares, généralement d'origine russe, des Molotova, se succèdent à une cadence accélérée, en provenance de la "piste Hô Chi Minh" devenue boulevard. Ils descendent à vide sur Saigon, remontent à pleine charge vers Hanoi. Nous n'avons pas tardé à savoir ce qu'ils transportent. Nous comprenons aussi pourquoi les can-bô avait tellement besoin de vastes locaux: c'était pour stocker l'immense butin de guerre récupéré sur le Sud, son armée, ses "bourgeois corrompus", les impéralistes et exploiteurs français et américains. Nous ne sommes pas témoins du pillage à Saigon, mais nous en voyons les fruits: quelle rafle! - Oui, tout est acheminé cers le Nord; mais, tout de même, les prélèvements en cours de route opérés par les petits et surtout les gros allègent la cargaison et permettent d'améliorer les conditions de vie des Robins-des-bois.

 

Vendredi le 13 juin

 

Une file de camions lourdement chargés entre dans la cours de lécole. La police militaire accompagne le convoi. Réponse brutale à nos refus ? Le vieux gardien de l'établissement cherche ses clés, gagnant du temps, tandis qu'un gamin court chercher le curé, responsible des lieux. Il arrive, hilaire, comme s'il rencontrait de vieux camarades, et s'exclame:
-Mais oui! Mais comment donc! Faites-moi votre ordre de réquisition. Comment, vous n'en avez pas ?

Le front soudain assombri du pli de la désolation: "Dans ce cas, vous savez bien que je n'ai pas le droit de vous ouvrir ces bâtiments scolaires. Allez donc vite demander le papier; après, tout s'arrangea." C'est régulier. Il vient de leur rendre la monnaie de leur pièce. N'empêche qu'il a le trac et s'attend à être éjecté dans ménagements! Eh bien, non! Ils s'excusent, et repartent avec leur convoi de véhicules; et ils ne reviennent pas.

Ce sont des partenaires de jeu déconcertants.

En fin de journée, je suis informé d'un incident autrement plus grave. Les enquêteurs de l'hôpital Minh Quy triomphent. Au cours d'une cinquième fouille de la cellule de la sœur G… , ils ont découvert un rvolver enveloppé dans un journal, et "caché" sous un meuble! Ils tiennent enfin leur "pièce à conviction". Déluge de cris et de menaces:
-Avouez! Avouez! C'est l'évêque qui vous a donné cette arme. On le savait! On avait déjà un photo de ce jour où il est venu à l'hôpital pour vous remettre un paquet. Nous avons aussi mune bande registrée de ce qu'il vous a dit alors. Avouez donc!

La pauvre nonne est au bord de la dépression; au milieu de ses larmes, elle ne peut que continuer à affirmer qu c'est faux. Pour combien de temps encore ?

 

Lundi 16 juin

 

Outre l'hôpital Minh Quy et son réseau de dispensaires, la mission avait fondé depuis le début du siècle une léproserie un peu à l'écart de la ville. La sœur Marie-Louise, Fille de la Charité, au cœur d'apôtre et au dynamisme extraordinaire, en avait fait, au cours de ces dernières années, une vraie cité modèle parfaitement fonctionnelle pour l'accueil et les soins de ses quatre cents pensionnaires, tout cela dans un cadre presque riant: jolies cases propres et bien alignées, verdure et fleurs; avec, pour ces parias, la joie de revivre comme de vrais hommes. C'était devenu presque une attraction touristique, et qui portait un bouleversant témoignage du respect et de l'amour de l'homme qui, même frappé par la plus horrible maladie, demeure créature et temple de Dieu, comme n'importe quel autre homme.

Jusqu'à présent, le Père M…, aumônier et depuis la libération préposé aux relations extérieures, les sœurs G… et C…, infirmières, et onze religieuses montagnardes, avaient joui d'une tranquilité relative; l'établissement vivait de ses réserves, tandis qu'une faculté tacite de circuler était laissée au personnel. Peu de visites désagréables. Cette situation serait-elle un privilège abandonné à la "cité maudite" ? Or, voilà qu'on vient de charger une can-bô assistante sociale du contrôle administratif de la léproserie. Les ennuis commencent à pleuvoir, plus tardivement qu'en ville, mais aussi dru: inventaires détaillés, rapports, convocations, emprunt de matériel, enfin mise en place d'un soviet de direction. Une délégation de "médecins" est venue inspecter. Les malades ne les intéressent absolument pas (ils semblent les bâtiments et l'équipement. Ces déhets humains coûtent cher, ne produisent rien et présentent un danger de contamination. - Alors ? A liquider ?

 

Mercredi 18 juin

 

Reçu cette lettre de Plei Ku: "J'ai sollicité l'autorisation de me rendre à Kontum. La Sûreté m'ayant demandé pourquoi, j'ai répondu que c'était pour vous voir. On m'a dit c'était dangereux pour ma propre sécurité; que, si j'avais des affaires à régler, il valait mieux pour moi attendre un mois ou deux; qu'alors on me donnerait l'autorisation".

Voilà qui me laisse rêveur. Serait-ce le signe qu'on envisage de "régler" ma situation d'ici à deux mois au plus tard ?

 

Samedi 21 juin

 

Le pauvre can-bô N… est chargé d'annoncer dans tous les villages de la ceinture de Kontum qu'on a enfin les preuves des crimes de la sœur G… Evidemment, personne ne le croit. Qu'importe, il doit affirmer et argumenter de l'absurde: "Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose !" La dialectique est telle qu'en effet un doute pourra s'insinuer en certains esprits. Pour l'heure, l'homme qui est venu me rapporter la chose a commenté avec colère: "Mais pourquoi nous prennent-ils donc ?"

 

Mercredi 25 juin

 

Depuis un certain temps, me fondant sur l'article 5 du décret sur les libertés religieuses: "Chaque religion a le droit d'ouvrir des écoles pour la formation de ses propres desservants ", puis, ayant informé les autorités, qui n'ont pas fait d'objections, j'ai décidé la réouverture du grand séminaire. Une certaine de jeunes gens en ont été avisés. Or, l'un d'eux était venu me voir pour me confier ceci: " J'ai retrouvé ma famille, qui se trouvait en zone accupée par les Viêt-công depuis des années. Bien sûr, j'ai dû déclarer qui j'étais, d'où je venais et ce qui je venais faire. Le lendemain, mon père a été convoqué. On lui a dit qu'il devait m'interdire de continuer mes études dans un séminaire, sinon, jugé responsible de ma conduite, il serait expédié dans un camp de rééducation. Ma famille compte une dizaine de personnes. Mon père m'a transmis la menace sans commentaire. Je suis troublé et j'ai peur. Je viens vous demander où est mon devoir: continuer au séminaire et condamner ainsi ma famille à la misère et à la déchéance, ou rester auprès d'elle ?"

Il est revenu aujourd'hui après plusieurs semaines d'absence passées de nouveau en famille. Il m'a dit: "C'est décidé: je rentre au séminaire. Papa, maman, comme moi-même, nous nous en remettons à Dieu".

 

Jeudi 26 juin

 

"Poisson dans l'eau", qu'est-ce à dire sinon un homme en symbiose aussi parfaite que possible avec son milieu ? Tel se définit le soldat révolutionnaire; il l'est, c'est indéniable, c'est en partie sa force. Au missionnaire invité à s'adapter, à se faire viêtnamien avec les Viêtnamiens, à parler leur langue, à vivre leur vie, à compatir ou se réjouir avec eux, et cela non pas pour quelques mois ou même quelques années, mais pour la vie - et quelle vie depuis trente ans au Viêtnam ! - non pas à dsitance, d'une ville européanisée comme Saigon, d'un hôtel (fût-ce le Continental !), oui au missionnaire s'applique aussi le qualificatif de "poisson dans l'eau". D'autant plus que, pour beaucoup de Viêtnamiens, cette symbiose atteint au cœur, à l'âme par la foi partagé, voire une paternité spirituelle tant respectée dans ce Viêtnam imprégné de Confucius. Il s'enfuit compréhension, estime, confiance mutuelle, ces confidences aussi que l'on nous fait sans crainte d'être mal jugé, trahi: on est de la famille. C'est indéniable, et c'est en partie notre force. N'est-ce pas un peu aussi notre récompense ?

Mais c'est aussi la voie ouverte à l'accusation portée contre nous: espions. nous voyons et savons tant de choses ! A l'échelon élevé, les nouveaux dirigeants savent que l'accusation est fausse. Mais ce qui les indispose - et je les comprends - c'est qu'on ne peut pas nous en conter ! Or, il leur faut -maîtres menteurs- le silence et la nuit pour bâtir leur Ordre nouveau. Voilà le motif jamais avoué, ce ne sera pas la raison première et fondamentale de notre éviction. Il y a essentiellement ceci: " Les visions du monde religieux et du monde communiste sont parfaitement différentes. Ce sont des systèmes à principes contraires. toute réconciliation idéologique est impossible". (Information Catholiques Internationales no 472 du 15-1-1975: extrait du mensuel théorique du parti communiste tchécoslovaque Nova Mysl). Ceci engendre cela.

J'avais déjà relevé une affirmation semblable de Georges Marchais, dans une interview à La Croix, le 19 novembre 1970: "Nous, les communistes, nous nous réclamons d'une philosophie matérialiste et dialectique. Nous ne voulons pas créer d'illusions sur ce point: entre le marxisme et le christianisme, il n'y a pas de conciliation théorique possible, pas de convergence idéologique possible". Voilà au moins sur lequel je suis d'accord avec les communistes!

 

Samedi 28 juin

 

Un cas de conscience: grâce à Dieu, je crois avoir gardé jusqu'à présent la tête froide. bon sommeil, un certain goût des responsabilités et de la bagarre. C'est ainsi. C'est sans doute pourquoi, depuis quelque temps, je me suis posé la question: dois-je donner ma démission ? Ce n'est pas contradictoire, et c'est en pleine lucidité que je me dois d'examiner la question, et non si j'étais arrivé à un certain point de … non-retour ! Le fond du problème est pour moi celui-ci: dans la conjoncture présente, ne suis-je pas cause de tourments plus grands pour ceux que je suis venu sevir ? Certains indices récents retiennent mon attention.

Dans l'après-midi, en cette veille de Saint-Paul, ma fête patronale, les délégations de prêtres et fidèles se sont succédées pour saluer leur évêque, malgré la rigueur des temps. Par delà bienséance, coutume et rituel des bonnes paroles et des vœux, c'est l'angoisse de me savoir menacé d'expulsion, ainsi que tous les missionnaires, qui s'exprime le plus ouvertement. Mais cela n'évacue pas le problème pour autant, et je dois y demeurer attentif.

 

Dimanche 29 juin

 

5 heures du matin. Messe concélébrée de la Saint-Pierre-et-Paul en l'église cathédrale bondée de fidèles. Je commence la parole du Christ à l'apôtre Pierre: " … et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle". C'est un appel au courage dans l'épreuve, à la confiance inébranlable. Un pareil thème, je le sais, est souverainement déplacé pour les can-bô de service que l'on reconnaît bien mêlés à la foule. Ce qu'il faudrait dire, je le sais bien aussi, c'est que la Libération apporte enfin le bonheur aux hommes. Je n'y suis pas disposé. Le cardinal Wyszynski, primat de Pologne, a raison: "Nous ne pouvons mentir, louer ce qui est mal, dire bon ce qui est mauvais, ramper devant une raison d'Etat momentanée". Plus que les années passées, cette fête patronale s'est située sous le signe de l'union et de l'affection entre prêtres, religieuses, séminaristes, catéchistes et fidèles. La souffrance partagée est le meilleur ciment de l'amitié. Excellent dynamique de groupe!

 

Jeudi 3 juillet

 

Depuis plusieurs jours, une fois de plus, j'ai adressé aux autorités supérieures une demande d'autorisation de visite pastorale du diocèse pour moi-même et pour le coadjuteur. Un commissaire est venu spécialement pour nous répondre que ma requête, jugée inopportune, est rejetée. Il ajoute énigmatique:

-Mais prochainement, des mesures seront prises.

Qu'est-ce que cela signifie ?

 

Dimanche 13 juillet

 

Le visage de V…, sous la conduite de son catéchiste, demeure fidèle et fervent. Un groupe de chrétiens était venu me voir, il y a plusieurs semaines, pour réclamer l'envoi d'un prêtre dans leur région. Je leur avais encore expliqué que cela ne dépendait plus de moi seul comme autrefois. Alors ils ont décidé d'exprimer "la volonté du peuple" au Comité de village. Le catéchiste, en tant que responsable spirituel de la communauté, à presenté la requête. Mal lui en a pris! Après une séance publique orageuse, il a été condammé à "plusieurs jours de rééducation", et menacé d'y demeurer plus longtemps encore si les villageois continueaient à présenter des demandes "contraires aux intérêts supérieurs du peuple" !

 

Lundi 14 juillet

 

C'en est fait. La sœur G… a été emmenée en jeep transférée à la prison de Kontum. On n'en douait plus. Son crime ? Rebelle à l'aveu. Les can-bô ont opéré à 18 heures, moment où ils savaient que toutes les sœurs étaient occupées dans les salles de l'hôpital. Elles ont néanmoins couru après les commissaires, réclamant la sœur G…, reprochant véhémentement à ces hommes leur duplicité et leur méchanceté. Ils ont répondu:

-La sœur G… a été convoquée à la Sûreté parce que, ici, nous n'avons pas les moyens de travailler comme il faut. Dès qu'elle aura avoué toute la vérité, on vous la rendra.

C'est bien là la plus affreuse menace contre la personne de cette religieuse et contre cette œuvre hospitalière qui nous tient tant à cœur; la catastrophe que nous redoutions.

Contre toute espérance, nous engageons démarches et protestations auprès des autorités.

 

Mardi 15 juillet

 

Sur les soixante-cinq prêtres de mon diocèse, j'en compte cinq qui, il y a quelques mois, déclaraient plus ou moins ouvertement leur sympathie pour le nouveau régime. Ils appartenaient à ce petit groupe dit "progressite" qui soutenait le combat ambigu anti-corruption "à n'importe quel prix". Ils ont eu la satisfaction de se voir exaucés: la Libération est arrivée. Mais, au moins pour l'expérience que j'en ai ici, il convient de distinguer deux tendances chez les progressites: l'une réellement marxiste où c'est l'intellect qui est atteint. Ceux-là, relativement rares, sont prêts à toutes les compromissions avec le régime. L'autre tendance, "c'est le cœur plus que l'intelligence qui est touché, et le cœur a fait mal à la tête … " Ceux-là, par pragmatisme à courte vue, sont persuadés que le communisme est la voie providentielle pour purifier l'Eglise et inciter les croyants à une plus grande authenticité évangélique. Au fond, c'est par amour de Dieu et du prochain qu'ils en arrivent à ce sophisme: "L'efficacité est un critère de valeur; or, le communisme est efficace; donc … que son règne vienne !" Dans l'une comme dans l'autre tendance, le bon sens a chaviré. La foi en l'efficacité de la parole de Dieu, de la prière, de la grâce, a subi une éclipse. Il est vrai que persécutions et souffrances rapprochent certains de Dieu. Mais de là à faire cette révolution-là pour hâter l'avènement de temps meilleurs, il y a une marge.

 

Je savais qu'aucun prêtre de Kontum n'appartenait à la première de ces deux tendances. Hommes généreux, donnés à leur tâche missionnaire, les uns après les autres, depuis plusieurs semaines, m'ont tenu loyalement au courant de leurs espoirs d'abord, de leurs déboires ensuite. En réalité, plus que nous tous, ils ont souffert et, impuissants comme nous tous, ils ont vu souffrir ceux qu'ils aimaient. Leurs yeux se sont dessillés. Curieusement, leur collusion enthousiaste du début ne leur a valu que plus de dureté, voire de mépris de la part des vainqueurs.

 

Cela ne fait que corroborer l'information qui m'était parvenue de Dalat au jour de la chute de cette ville. Des bonzes avaient parcouru les rues, invitant les habitants à un acceuil chaleureux. Ils s'étaient portés au devant des troupes viêt-công, avaient offert leurs bons offices. Fort malmenés et humiliés par les nouveaux maîtres, on n'en avait plus entendu parler.

 

Jeudi 17 juillet

 

Les histoires de la mer cruelle, des vaisseaux dans la tempête sur lesquels chaque marin se surpasse et lutte pour sauver le navire, où tous ensemble ne font qu'un à l'heure du danger, ces histoires sont l'image d'une autre barque, l'image d'autres équipages dont l'un m'a été confié, d'autres passagers qui nous font confiance. Cette barque-là n'affronte pas les vents et les flots, que les marins me pardonnent, c'est là un jeu terrible, mais à la taille de l'homme. Non, cette barque lutte contre le Mal, contre Satan. Et cela dure plus que le temps d'une tempête: des jours et des jours depuis vingt siècles, sans jamais savoir quand s'achèvera le combat. Aux équipages morts à la tâche, d'autres succèdent d'âge en âge. Et il en sera ainsi jusqu'au soir de ce jour, en vérité le plus long, auquel succédera l'aurore du triomphe. Quelle aventure surhumaine!

 

C'est le Saint Alexis, le gueux, patron de l'évêque coadjuteur, celui à qui j'avais murmuré à l'oreille, il y a quatre mois: "Nous partagerons en frères .." Sa crainte et la mienne, c'est que bientôt -nous le pressentons- nous ne partagerons plus: il sera l'hériter. Seul. C'est la loi de notre aventure sur cette barque, où le seul et vrai Maître à bord, c'est Dieu; maître de l'histoire, maître de l'impossible.

Nous avons prié ensemble, et accepté. Ce frère de combat, comment pourrais-je jamais l'oublier ?

 

Vendredi 18 juillet

 

Il n'y a pas que la radio des ondes. Il y a aussi "radio-bambou". Franchissement les barrages les plus subtils et les plus épais, elle apporte aujourd'hui des nouvelles navrantes de quelque part, à 250 kilomètres de là: sœur Louise-Marie est décidée le 11 juillet dernier. Jeune encore, elle est morte du typhus? de la malaria? qui le sait? Mais, ce qui est certain, faute de soins et de médicaments. Il y avait là un important refuge d'environ douze mille naufragés: des montagnards qui, depuis dix ans, avaient subi les malheurs consécutifs à la guérilla. Deux de leurs missionnaires, les Pères Minh et Théophile Bonnet, n'avaient-ils pas été assassinés au début des années soixante, sans qu'ils puissent empêcher le drame ? Leur successeur, le Père Léoni, laissé pour mort le terrain au cours d'une attaque viêt-cong, n'en était sorti vivant que pour demeurer estropié pour la vie. Refluant devant la marée rouge, ces villageois n'avaient-ils pas dû reculer plusieurs fois, et rebâtir leurs pauvres cases toujours plus loin ? Le raz de marée, cependant, avait fini par les rejoindre et les submerger avec d'autant plus de violence qu'ils étaient marqués de deux tares: réfugiés multirécidiviste (donc réfractaires à la Révolution); catholiques (donc suspects ipso facto). Comble de malchance! L'écroulement est survenu alors que le Père Léoni et la sœur Hélène, colonnes maîtresses de leur survie, étaient en course à Saigon, où ils devaient demeurer bloqués, sans jamais pouvoir rejoindre leur poste par la suite. Outre les religieuses qui animaient les œuvres éducatives et sociales, il y avait aussi cette fameuse équipe des infirmières laïques suisses, belges et françaises. Tout de suite, elles avaient été emmenées en captivité dans la forêt, tandis que leur dispensaire était pillé jusqu'au dernier comprimé d'aspirine, au vu et su de toute la population. Elles n'avaient été relâchées que trois mois plus tard, à demi mortes de privation et de maladies.

De tout ce qui avait été mis sur pied en vue de la promotion humaine et sociale de cette population, il n'était rien resté. Des épidémies larvées de typhus de brousse, de peste bubonique, de cholérine, avaient fait des ravages. Un cimetière, prévu à l'origine pour cent cents tombes, débordait déjà largement au-delà de ses limites.

 

C'est dans ce triste décor, exténuée au service des naufragés de la vie, que cette petite sœur Louise-Marie est morte, sans bruit, graine obscure jetée en terre, non sans avoir renouvelé un geste coutumier aux chrétiens des derniers siècles: l'humble confession à l'une de ses compagnes, "puisqu'il n'y a pas de prêtres", avait-elle dit dans un souffle. C'est si simple et si beau de mourir ainsi!

 

Samedi 19 juillet

 

Un missionnaire viêtnamien, le Père D… a été invitté à s'éloigner de sa paroisse " pour dix jours

Seulement", lui a-t-on dit. Il y a de cela quatre mois. Toutes ses instances pour y retoumer ont éte repoussées, et il est toujours tenus à résidence avec nous, à Kontum. Or, dans la forêt dense proche de sa paroisse, on,apprend que se cache un maquis F.U.L.R.0. Ceci explique cela. Il n'échappe pas à I'accusaiion de collusion avec ce néo maquis, pas plus que l'hôpital Minh Quy, pas moins que les missionnaires français, déjà éliminés, autant que la presque totalité du clergé viêtnamien lui-même qui se voit interdire l’accès des villages montagnards. Si le public l’ignore encore, nous savons. Nous, aussi bien que nos maîtres, que c’est eux-mêmes, clandestinement, dès 1946, puis officiellement le 1er août 1964, qui ont lancé ce Front Unifié de Libération des Races Opprimée - ce titre à lui seul ne suffit-il pas à indiquer son origine? - que ce mouvement n'était qu'une courroie de transmission qui se voulait adaptée aux minoritées ethniques des Hauts Plateaux, ni plus ni moins que FNL ne l'était aux Viêtnamiens du Sud; et, comme cer dernier, il devait donc disparaître après la victoire des Viêtcong sur le Sud.

 

Or, transformé en boomerang, il se retourne maintenant contre ceux qui l'ont lancé. La parade consiste alors, en luttant contre leurs partisans d'hier, aujourd'hui révoltés, à nous accuser de les avoir suscités, puis de les soutenir. Ainsi, faisant d'une pierre deux coups, trouvent-ils un beau prétexte pour évincer l'influence de l'Eglise. Car il y a tout de même quelque chose de spécieux dans cette accusation: nous y prêtons le lfanc! Evangéliser, n'est-ce pas promouvoir un humanisme intégral, féconder les virtualités qui sont en l'homme, lui conférer plus d'être que d'avoir? Ils craignent que nous les ayons armés, ces montagnards, comme le redoutait, il y a quelques années, le gouvernement du président Ngô Dinh Diêm. Eh bien, ils sont raison! Mais ces armes, dont ils ont si peur, ne sont que d'ordre spirituel et moral. Serait-ce alors que l'exploitation de l'homme par l'homme, l'esprit colonialiste, la crainte de se trouver un jour en présence de partenaires à part entière, est une tare dont seraient atteints nos maîtres d'aujourd'hui? Je dis au Père D…

-Puisque vous avez des loisirs, allez donc leur proposer les exercices spirituels de saint Ignace. Cette "autocritique" d'un mois ne sera pas de trop!

 

Vendredi 25 juillet

 

Depuis son transfer à la prison de Kontum, la sœur G… se trouve au secret dans une cellule. Outre cet isolement qui favorise le sentiment d'écroulement de ce qui fut son univers, d'abandon de tout et de tous, on accentue encore le dépaysement en la dépouillant de l'habit religieux. Elle a simplement dit: "Vous pouvez changer mes vêtements, vous ne changerez pas mon cœur". Ainsi mise en condition, elle subit une pression psychologique de jour et de nuit. Heureux temps révolus où les persécuteurs des chrétiens ne savait s'attaquer qu'à la vie des corps!

 

Samedi 2 août

 

Nouvelle demande d'audience est adressée au Comité révolutionnaire provincial. C'est nous qui jouons le jeu de la main tendue!

Dans la paroisse de H…, toutes les religieuses ont été chassées malgré les protestations de la population. C'est le Comité du village qui a marqué le coup, une tentative de jugement populaire contre le curé ayant échoué.

 

Lundi 4 août

 

Le journal progressiste de Saigon imprime: "L'évêque de Kontum est âgé; il devrait bien songer à démissionner". C'est intéressant, en ce que cette suggestion marque une évolution dans le problème que leur pose ma présence au Viêtnam. En clair: ils ont tiré la conclusion des ballons d'essai lancés dans la diocèse au cours de ces derniers mois; peu de chance de pouvoir provoquer un jugement populaire qui permettrait un internement ou une expulsion: cela causerait trop de remous et demanderait trop de temps. Cet entrefilet est-il une main tendue vers la sortie au cas où je n'y aurais pas songé?

 

Mercredi 6 août

 

Merveilleuse surprise! Mgr Pierre Nguyên Huu Mai, évêque de Ban Mê Thuôt, a obtenu une permission de vingt-quatre heures en bonne et due forme pour venir me visiter à Kontum. Il est l'un de mes plus proches voisins. Mais, depuis cinq mois, j'observe rigoureusement la loi canonique de résidence dans mon diocèse, à croire que le régime a voulu en faciliter l'observance aux évêques ubiquistes. Pour l'heure, comme je lui sais gré de m'avoir envoyé ce vieil ami!

Ce dont nous avons parlé -entre autres- c'est de l'application depuis Vatican II du principe de la collégialité. Comme toutes les conférences épiscopales du monde, nous l'avions largement vécu et appliqué, ce principe. Et voilà que brusquement nous nous sommes retrouvés non plus un épiscopat agissant collégialement, mais des évêques seuls, bien seuls devant des problèmes d'une extrême gravité, chacun devant faire face à des situations, des analyses difficiles pour enfin prendre les décisions qu'en conscienne il juge opprtunes, pour engager sa responsibilité personnelle devant Dieu, l'Eglise et ce peuple de fidèles à lui confié -et à nul autre. Ainsi avons-nous redécouvert quelque chose qui aurait pu s'estomper: ce qu'est l'évêque qui jamais, même en l'exercice d'une incontestable et nécessaire collégalité, ne peut ni ne doit abdiquer cette liberté et cette reponsabilité personnelles qui sont inhérentes à son épiscopat. Nous nous sommes réjouis de constater que, sur les points essentiels, il y avait unité de vue, de réaction et d'action dans tous les diocèses du Viêtnam, sans que nous ayons pu nous concerter. Expérience directe de la présence de l'Esprit. Le Seigneur nous l'avait bien dit qu'il serait là.

 

Jeudi 7 août

 

Un changement n'est-il pas en train de s'opérer dans le comportement du peuple? C'est toujours la "colère au fond du ventre". On perçoit l'accablement devant sa propre impuissance, l'écrasement de la volonté. Plus grave encore, c'est la peur: peur, après avoir tant souffert, de souffrir davantage. On se souvient - mais c'est trop tard! - que depuis soixante ans, aucun pays tombé sous ce régime n'a réussi à s'en libérer. Alors la tentation de tout subir avec fatalisme est proche. Je la vois, cette tentation, chez cette mère de famille qui vient de me dire que sa fille, comme tant d'autres, emmenée au travail communautaire dans les zones défrichement, a été droguée avant d'être violée par l'un de ses incorruptibles gardiens. "Et que faire? Que dire? Et à qui" s'écrie-t-elle, pour ajouter ensuite en haussant les épaules d'accablement: "Il n'y a rien à faire!".

Je la vois encore, cette tentation, en cet homme qui, à longueur de journée, joue le jeu de l'impassibilité et de la servilité, se méfie de tous, même de ses proches, mais parfois s'en va seul sur le banc de sable au bord de la rivière, aussi loin qu'il le peut … et là, pour se défouler, hurle sa hainte au vent qui passe et aux flots qui s'écoulent, et vomit ses injures contre le régime oppresseur.

Combien de fois avais-je entendu ces réflexes avant la libération, ou juste après: "On s'arrangera toujours avec eux, parce que alors nous serons entre nous, Viêtnamiens … S'ils veuelent aller trop loin, nous saurons bien comment parer au pire!" Les illusions sont tombées.

A la veillé, ce soir, nous avons évoqué tout cela, cherchant s'il y avait une solution humaine. Il n'y en a pas: "Il faut devenir ce qu'ils veulent, ou mourir, comme tant d'autres". Quelqu'un a dit: "il y a la solution de l'homme enfermé seul dans une cage avec un tigre: flatter la bête de la parole et du geste pour tenter de survivre". Cet homme existe; mais, de grâce, ne le jugeons pas avant de l'avoir rejoint dans la cage.

Et puis il y a la solution de violence. N'avons-nous pas encore entendu le mortier et le canon cet après-midi?

C'est volontairement que nous nous étions placés sur le seul plan humain. Mais nous savons bien qu'il y a une autre issue. (A la prochaine)


 

  

               Rev Hoan 66, ĐC, Rev Thắng 67                                     Rev Truyền, Bích 65, Rev Vị, Ngô 65

   

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